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La renaissance de la prospérité flamande et, corrélativement, l'accroissement des fortunes communales mais aussi personnelles, la situation de la Flandre au contact des influences de la Renaissance Italienne et des traditions plus nordiques, le renouveau de l'Eglise Catholique enfin, ne manquent pas de se traduire dans le domaine artistique, dès la fin du XVIe siècle et au moins jusqu'à la conquête française sous LOUIS XIV.
La Renaissance Flamande
En architecture, l'on assiste certes au maintien des structures traditionnelles, héritées du gothique ou de la dentelle de pierre à la brabançonne, mais aussi à la modification italianisante de la décoration, en raison principalement des courants lombards, florentins et romains par suite des influences de cours, d'ecclésiastiques ou de riches négociants en commerce avec l'Italie, ou encore de Jésuites maîtres d'oeuvre de la Contre-Réforme Catholique.
Cette évolution, qui a pu être qualifiée de conversion à la poétique des ordres et à la métrique des frontons, n'empêche pas le goût local de s'exprimer, par l'emploi des pignons gothiques en escalier et des lucarnes et bulbes, par l'utilisation fréquente et naturelle de l'alternance de la brique rouge du pays et de la pierre de taille blanche, elle aussi de la région, et par la transposition sur les façades, désormais décorées, de la richesse et de la truculence flamandes attestées par les gradins et ailerons, les consoles à volutes, les têtes d'anges et masques de monstres, les cariatides, cornes d'abondance, corbeilles de fruits et Lions des Flandres.

L'architecture militaire elle-même n'échappe pas à ce phénomène d'embellissement et les façades s'aèrent : les fenêtres à menaux en croix font leur apparition, les tours deviennent plutôt des tourelles. Le château d'ESQUELBECQ possède 9 tours rondes surmontées de toitures côniques et pignons à redans, tandis que le STEENE ou ZYLOF compte 4 tours Renaissance octogonales, une aile droite qui déploie courbes et pignons à volutes et un appareillage local de pierres blanches et de briques rouges. Contemporaines, les portes Lilloises de ROUBAIX et de GAND offrent un aspect militaire civilisé par l'emploi des matériaux locaux et des lucarnes.


C'est surtout dans l'architecture civile urbaine que s'épanouit la Renaissance Flamande, y compris en Artois avant la conquête française. L'hôtel de ville d'ARRAS est complété en 1572 par une aile Renaissance tandis que s'élèvent au XVII' siècle les maisons des deux places à arcatures en grès, à pignons à gradins et à ornementation fine et abondante. A HESDIN, la bretèque de l'hôtel de ville, de 1629, est richement décorée ; à AIRE-SUR-LA-LYS, le bailliage, à la charnière des XVIe et XVIIe siècles, présente sur la frise nombre d'entrelacs, de trophées et de rosaces.

En Flandre flamingante, à HAZEBROUCK, le collège des Augustins accuse encore un aspect médiéval dans son aile gauche de 1518 et ses trois belles niches gothiques en son centre, mais l'année 1616 voit apparicitre sur l'aile droite volutes, cartouches et rinceaux ; le LANDSHUYS de CASSEL compte des fenêtres ogivales au rez-dechaussée mais s'orne de colonnes à la porte d'entrée et d'un modillon Renaissance à la corniche ; l'hôtel de ville d'HONDSCHOOTE, de 1558, présente simultanément les caractéristiques du gothique et de la Renaissance, avec ses pignons à degrés, sa porte en arc surbaissée à crosses végétales, ses baies à meneaux, ses moulures, sa tourelle surmontée d'un toit à bulbe et l'inévitable alternance de briques et pierres sur façade arrière; à BERGUES, le Mont de Piété de 1629 est italianisant : la façade, où l'horizontalité l'emporte sur la verticalité, est divisée par des cordons et les fenêtres, bien encadrées, ne présentent pas de croisillon et sont séparées par de larges trumeaux et surmontées de frontons ; le haut pignon présente une ornementation exubérante avec nombreuses niches et cartouches en placage.

C'est ici la patte de Wenceslas COEBERGHER (1560-1634) qui, comme son contemporain RUBENS, est parti plusieurs années en Italie avant d'entrer en 1604, en tant qu'ingénieur et architecte, au service d'ALBERT et ISABELLE, tout comme RUBENS peintre officiel de la cour des Archiducs depuis 1609 W. COEBERGHER a fait édifier entre 1619 et 1633 une vingtaine de Monts de Piété.

En Flandre Gallicante, si c'est rapidement le style Baroque qui s'impose dans l'architecture religieuse et officielle, il reste qu'à LILLE les 230 maisons de marchands qui s'alignent dans la même rue sont bien néerlandaises d'esprit et qu'à SAINT-AMAND, l'ancienne châtellenie, édifiée entre 1613 et 1621, est d'aspect nordique par son pignon, son toit avec lucarnes à la flamande et ses fenêtres croisillonées même si apparait l'influence italienne dans son étage de loges à la florentine : se manifeste ici sans doute l'influence flamando-florentine à laquelle on doit l'hôtel de ville d'ANVERS (1560-1565) remarquable par ses lucarnes nordiques, ses losanges, sa superposition d'ordres et son alternance d'arcades et de colonnes.

A partir de 1630 environ, le BAROQUE devient omniprésent dans l'architecture flamande. Le beffroi de VEURNE (FURNES), de 1628, est de structure gothique mais quasiment baroque, comme la tour de SAINT-AMAND de 1633, par le foisonnement de son ornementation supérieure. L'origine de la mode baroque en Flandre est sans doute religieuse : les architectes Jésuites, en grâce auprès des Archiducs, sont essentiellement HOEYMAKER de TOURNAI (1599-1626) et DUBLOCK de MONS (1583-1656) auquel on doit notamment la chapelle du lycée de SAINT-OMER, construite de 1615 à 1629 ; l'ancienne façade du collège de DOUAI est érigée en 1591 à partir de plans expédiés de ROME où le style Contre-Réforme Catholique semble être né à l'occasion de la mise au point en 1573 du projet de l'église du GESU dont le style de façade se retrouve incontestablement imité dans la Flandre du XVIIe siècle.
La tour (1633) de l'ancienne abbaye de SAINT-AMAND élevée entre 1626 et 1640 d'après les consignes de Nicolas DUBOIS, abbé de SAINT-AMAND (1622-1673) est tout à fait baroque : haute de plus de 80 m, elle est surmontée d'un dôme octogonal divisé en 5 étages et surchargé de courbes, volutes, placages extrêmement denses et riches ; bien que le courant baroque en Europe soit d'origine italienne, romaine surtout, et bien que l'influence espagnole sur l'architecture flamande n'appartienne qu'au domaine du mythe à écarter définitivement (1), cette tour fait irrésistiblement songer à la CLERECIA de SALAMANQUE, édifiée en 1617. Mais rien d'étonnant, à cela dans une Europe Baroque partout tributaire de l'Italie.
A LILLE, l'aspect baroque déjà affirmé dans certaines demeures, telle celle de GILLES de la BOEE entre la Grand-Place et la Porte de GAND, se concrétise de façon éclatante par l'oeuvre monumentale de Julien DESTREE, la Vieille Bourse, élevée de 1651 à 1653, où les lucarnes à la flamande couronnent un édifice à décor baroquisant à l'extrême : parmi les motifs décoratifs de cet édifice flamand surmonté d'un gracieux campanile, citons les cornes d'abondance, les cartouches, les têtes de léopards, les ogives et guirlandes de fleurs, les têtes d'enfants, de jeunes filles, de vieillards à longue barbe et même celle du roi MIDAS flanquée de ses deux oreilles d'âne !

En peinture, au XVIIe siècle, c'est, en règle générale, la prédominance de l'école Anversoise qui marque la peinture des PAYS-BAS. La production de RUBENS, de style Renaissance Flamande marquée d'influences italiennes, se répand en Flandre comme en Artois (ARRAS, SAINT-OMER); il en est de même de celle de son élève, VAN DYCK, et de JORDAENS. A LILLE, au XVIIe siècle, chez les Capucins, l'on peut admirer trois tableaux de RUBENS : " Saint FRANÇOIS qui reçoit L'Enfant Jésus des mains de sa mère ", " L'Adoration des bergers " et " La Descente de Croix ".
(1) L'influence Espagnole dans nos Flandres est limitée à : la Contre-Réforme Catholique, certaines techniques militaires de fortifications, la mode vestimentaire au début du XVIIe siècle.
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