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Au XIXe siècle, l'intervention unificatrice de l'Etat est évidente. Les codes remplacent les coutumes locales et les Préfets et Sous-Préfets rendent négligeables les rôles des communes. Dans le domaine de l'éducation, la laïcisation s'impose malgré les résistances: à BAILLEUL en 1887, l'école communale tenue par les Frères est laïcisée, ce qui n'empêche pas les Frères de fonder un autre établissement puis les Dames de SAINT-MAUR d'implanter rue des Soeurs-Noires une école maternelle et une primaire. A l'école, depuis 1853, parler flamand est proscrit sévèrement et la fondation par DE COUSSEMAKER du Comité Flamand de France, et plus tard, l'action de l'Abbé LEMIRE, député d'HAZEBROUCK, ne peuvent rien contre cet interdit. En matière d'équipement, les chemins de fer rattachent à PARIS LILLE en 1846 puis DUNKERQUE en 1849, sous l'égide de la Compagnie du Nord qui appartient au baron de ROTHSCHILD. Les douanes intérieures sont supprimées et la production des betteraves, puis celle de la chicorée atteint facilement les marchés parisiens.
De la Flandre au Nord
Sous NAPOLÉON III, le gaz et le télégraphe équipent la Flandre maritime elle-même. Administrativement, le particularisme flamand est battu en brèche: en 1803, les actes et registres de l'Etat Civil de l'église paroissiale SAINT-VAAST à BAILLEUL sont écrits en Français et en 1808 se tient la dernière délibération en Flamand de la confrérie SAINT-SÉBASTIEN de la même ville. Ce recul du flamand est contemporain de la disparition progressive, à BAILLEUL, des moulins, qui n'étaient plus que 7 en 1800, de l'industrie de la faïence, pourtant encore rivale de celle de ROUEN sous LOUIS XVI, et des Chambres de Rhétorique, les "Geltzenders" et les "Spaderyken". A LILLE, en 1841, le Préfet Vicomte de SAINT-AIGNAN s'autorise à dire, pour parler de ses administrés : "Je les ferai aller, ces Flamands".

Culturellement, le caractère flamand se cantonne de plus en plus aux artistes isolés, tel Pierre DECONYNCK qui peint la "cueillette du houblon" à METEREN, aux Sociétés de Carnaval qui perpétuent le Mardi-Gras et promènent leur géant, ainsi GARGANTUA à BAILLEUL, aux Pinsonneux, aux joueurs de la boule flamande, au tir à l'arc à la perche, aux sociétés de musique locales. Economiquement la grande industrie remplace le petit artisanat. Même en agriculture, le machinisme et le progrès technique sont présents: de 1885 à 1900, le tonnage des betteraves s'en trouve quadruplé et des Sociétés d'agriculture organisent des concours, foires et expositions. Il est vrai que déjà au début du siècle, le préfet DIEUDONNE donne en modèle les paysans de Flandre : "les maisons d'exploitation rurale... dans les arrondissements de BERGUES et d'HAZEBROUCK sont en général, mieux construites, mieux aérées et tenues plus proprement".
L'industrie se modernise : grâce à la machine à vapeur, à l'utilisation de la houille, l'industrie textile comme celle de l'acier se concentrent au sein de grosses fabriques ou usines. Dans la vallée de la LYS, les petits artisans sont en voie de disparition.
A BAILLEUL, peu après 1840, le tissage Emile HIE pratique les méthodes mécaniques d'ARMENTIÈRES et de ROUBAIX tandis que les fabriques de corsets assurent une nouvelle renommée à BAILLEUL. Les bâtisses et cheminées d'usines triomphantes rivalisent d'orgueil avec les hôtels de ville et maisons bourgeoises néo-classiques qui s'alignent sur les grands bâtiments officiels tels que les Préfectures. Le 20 novembre 1836, ce ne fut pas moins de 7 cheminées d'usine, dont celles de WALLAERT et THIRIEZ, que renversa la grande tempête qui sévit à LILLE.
Dans la vie professionnelle, le machinisme s'accompagne inévitablement d'accidents du travail : en 1867, l'impératrice EUGÉNIE, l'épouse de NAPOLÉON III, visite à l'hôpital du quartier SAINT-SAUVEUR la salle SAINT-JEAN où sont regroupés les ouvriers blessés du travail : c'est l'époque où cet hôpital soigne alors 70 blessés par an.
D'une façon générale, la misère règne chez les ouvriers des fabriques, souvent contraints d'accepter des journées de travail de 14 heures, longtemps sans repos hebdomadaire, pour des salaires ne leur autorisant qu'un gite misérable et une nourriture très insuffisante: VICTOR HUGO s'est ému à juste titre des caves de SAINT-SAUVEUR.
Semblables conditions de vie et de travail ne sont bien souvent recherchées que par des travailleurs immigrés : dans toute la vallée de la LYS, les travailleurs Belges, flamands surtout, occupent le terrain ; à LILLE, les Flamands de Flandre Maritime, entre DUNKERQUE et ARMENTIÈRES, vont à WAZEMMES où ils retrouvent les Flamands de Flandre Belge et constituent ce que l'on appelle la "Petite Belgique".
Dans le quartier de WAZEMMES et même dans d'autres, il n'est pas rare d'entendre quotidiennement employés des termes tels que Croler, cron, dank, drinquelle, huche, kouque, minck, papin, quin, maguette, pacus, wassingue...
Peu après 1900, l'Harmonie des accordéonistes Lillois a pour chef VANSLEMBROUCK et pour président VERSTIGGELEN. Les francophones vont plutôt à SAINT-SAUVEUR.
Entre ces deux quartiers, et à MOULINS, la coexistence des fils d'immigrés qui jouent à la guerre entre eux, n'est pas toujours pacifique. WAZEMMES, où s'élève une chapelle des Flamands, rue des Rogations, compte, en 1876, 27.000 Français et 17.300 Belges et, à MOULINS, 8800 Français côtoient alors 8000 Belges, et, en période de crise, les Belges sont si mal vus que les chômeurs français s'assemblent bien souvent devant les usines des filateurs pour crier "A bas les Belges". Parfois les tensions sociales sont telles qu'éclatent grèves et graves conflits: en octobre 1903, la grève qui éclate à BAILLEUL amène l'intervention de l'armée dans la cité.
Inévitablement, les mauvaises conditions de vie des ouvriers des centres urbains amènent la croissance du syndicalisme, notamment de la C.G.T., du socialisme et, parfois, de l'anticléricalisme. C'est à LILLE que DE GEYTER compose la musique de l'Internationale, que s'implante l'Imprimerie ouvrière, que se tient le congrès national du Parti Ouvrier Français en 1890 et 1896 puis celui du Parti Socialiste de France en 1908, et à ROUBAIX que Jules GUESDE est élu député en 1893. Lorsque les Pères Rédemptoristes, en 1880, en application des premières lois anticléricales de la IIIe République, sont expulsés de leur résidence à LILLE, Cour des Bourloires, le public ouvrier du quartier approuve bruyamment ; à l'inverse, la séparation de l'Eglise et de l'Etat décidée à PARIS en 1905 amène de graves troubles en Flandre intérieure : dans de nombreux villages, la population empêche les autorités de pénétrer dans les églises, et, à BOESCHEPE, en février 1906, un manifestant est tué lors de l'inventaire de l'église.
L'homme à la fabrique, la femme travaille à domicile, souvent la dentelle, pour assurer l'appoint. En 1827, la fabrication de la dentelle occupe à BAILLEUL 1500 personnes, 100 apprentis étant répartis dans les écoles de la ville. Le déclin ne s'amorce que vers 1880 mais n'empêche pas les dentellières de fêter encore leur patronne, Sainte ANNE, peu avant 1914. Si c'est à bon droit qu'Albert SAMAIN chante la Flandre digne et laborieuse, DESROUSSEAUX, le chansonnier de SAINT-SAUVEUR, peut bien mettre en scène la "Vieille Dentellière" et le "P'tit Quinquin" dont les descriptions collent à la réalité ouvrière: beaucoup vont réellement au Mont de Piété engager le "biau sarraut" sans pouvoir ensuite le "dégager", et ne peuvent donner la pièce au montreur de marionnettes ou même calmer le chérubin en lui offrant un sucre d'orge.
Dans un habitat de courées et de caves humides, la mortalité infantile est très élevée: en 1845, à DOUAI, 3 enfants sur 10 meurent avant leur cinquième année, et à LILLE le chiffre monte à 6 entre 1878 et 1914, à LILLE, 1 décès sur 4 concerne un enfant de moins d'un an. Les épidémies sont souvent mortelles : celle de 1849, à LILLE, contamine 1800 sujets dont 900 en meurent ; et l'épidémie de tuberculose de 1908 est telle que, dans les foyers infectés, la moitié des nouveaux-nés en meurt.
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