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Dans la première moitié du XXe siècle, le régionalisme flamand marque l'architecture de notre Flandre : c'est notamment le cas de l'oeuvre de Louis CORDONNIER dont l'une des plus belles réalisations est la Nouvelle Bourse de LILLE qui, par ses bulbes et ses lucarnes, sa richesse de décoration, l'utilisation alternée de la pierre blanche et de la brique rouge ainsi que par l'allure générale de son beffroi, s'inscrit bien dans le mouvement général de Néo- Renaissance Flamande. La ressemblance avec son autre oeuvre majeure, le Palais de la Paix de LA HAYE, où siège la cour Internationale de Justice, est frappante.
La Flandre dans l'Europe du Nord-Ouest
Admirables aussi sont les hôtels de ville de DUNKERQUE, de COMINES, où ressortent magnifiquement les pas de moineaux, les clochetons, les volutes, les lucarnes rondes, les bulbes, et de BAILLEUL où le beffroi de l'Hôtel de Ville, en briques jaunes, dans le style de la reconstruction flamande maritime après la première guerre mondiale, repose sur une base gothique primitif de la fin du XIIe siècle qui a survécu au déluge d'artillerie, anglais, de 1918.
D'autres architectes cependant s'inscrivent dans cette renaissance : l'hôtel de ville de CALAIS, dont les 75 mètres de haut édifiés de 1910 à 1922, égalent ceux du rival Dunkerquois, est dû à l'architecte DEBROUWER ; l'hôtel de ville de LILLE, dont la tour de 105 mètres s'est élevée entre 1930 et 1932, est dû au talent d'Emile DUBUISSON, infiniment supérieur en matière d'harmonie flamande à celui du maître d'oeuvre chargé de l'agrandissement de 1993. A DOUAI enfin, la décoration de la salle gothique de l'hôtel de ville, refaite vers 1900, illustre en fresques les moments et réalités les plus glorieux de l'histoire de cette cité, capitale de la Flandre la plus au Sud.
Malheureusement, la position de notre Flandre, au contact permanent des mondes latin et germanique souvent en conflit, apporte plaies et destructions à nos cités au cours du XXe siècle: la bataille des Flandres, au cours de la guerre 1914-1918, amène la destruction de BAILLEUL, par les obus anglais, et d'YPRES tandis qu'ARMENTIÈRES tombe à 3500 habitants en 1918. Le conflit 1940-1945 est surtout dommageable au littoral : le 27 mai 1940, la radio allemande annonce aux défenseurs de DUNKERQUE que s'ils ne capitulent pas, ils seront anéantis.
De fait, les canons et chasseurs-bombardiers entament l'oeuvre de destruction que les chasseurs britanniques ne peuvent pas vraiment arrêter. Le 29, lorsque le bombardement cesse, DUNKERQUE n'est plus que champ de ruines. En 1944, au moment de quitter BERGUES, les Allemands font sauter le beffroi ; lequel, heureusement, est reconstruit dans l'esprit flamand par Paul et Jean GELIS.
Le Nord du XIXe siècle se prolonge jusqu'au milieu du XXe siècle dans la Flandre de l'Europe du Nord/ Ouest. Les usines, sidérurgiques, carbochimiques, textiles, en activité grâce aux travailleurs d'origine étrangère en partie, notamment Polonais puis Nord-Africains, marquent encore le paysage, tandis que les barrières douanières et l'insuffisance des communications, fluviales surtout, entravent le développement de la Flandre en direction de l'Europe du Nord/Ouest. Vers les années soixante cependant, l'ouverture sur l'Europe change les données du problème et les communications autoroutières et ferroviaires améliorées redonnent à la Flandre sa place d'origine, au coeur de l'Europe des Marchands. C'est à bon escient qu'un journaliste du Monde peut écrire dès 1966 : cette région est admirablement située sur l'échiquier européen et, pour peu que l'Europe dessine la carte de son unité, la vocation de ce carrefour s'affirmera plus encore .

La Flandre traditionnelle cependant ne disparaît pas et, même, s'affirme à nouveau. Les vrais héros de l'oeuvre de Maxence VAN DER MEERSCH sont avant tout ces Flamands laborieux et inspirés, confiants dans leur pays comme en la Providence. Toujours prêt à faire vivre Kermesse et Carnavals, soucieux et de la Terre et du Ciel, le Flamand ne néglige pas ses fondements religieux : c'est en 1953 qu'à BRAY-DUNES, à 33 m au-dessus du niveau de la mer, est élevé le calvaire des marins dont les 11 m de haut dominent les dunes.
Dans les cités et les villages, la culture traditionnelle flamande est à l'honneur : à BAILLEUL, le Musée de PUYDT montre fièrement ses peintures des écoles flamandes, hollandaises et françaises ainsi que ses faïences, étains et grès, et ses cabinets flamands du XVIIe; à HAZEBROUCK, cuisine reconstituée, folklore et histoire des Flandres, peintures de maîtres aussi, font bon ménage; à CASSEL, céramiques et faïences, habitat et meubles plongent dans la Flandre profonde ; à DUNKERQUE, les émules de Jean BART ont désormais leur musée ; à BERGUES, le Mont de Piété est à présent un monument de l'art flamand, tandis que, blotti au pied des Houblons, le petit musée consacré à Marguerite YOURCENAR honore l'académicienne flamande de France. Enfin, avec un peu de chance, vous pourrez entendre et voir certains jours ou soirs de fêtes, le groupe de l'HAEGHEDOORN ou MARIEKE EN BART chanter et danser notre Flandre.
Le livre refermé, le lecteur pourra redécouvrir l'histoire de la Flandre en allant visiter divers estaminets évocateurs de personnages, de lieux ou d'événements. L'auberge de la Morinie à BUISCHEURE et le restaurant l'ATREBATE à LILLE, le SAINT-ELOI à DUNKERQUE et BOUSBECQUE, l'auberge de SAINT-BAVON à MARCQ-EN-BAROEUL, le café à SAINT-ROCH à MARQUETTE, l'auberge LEUGHENAER à DUNKERQUE, l'Hôtel du Beffroi à GRAVELINES, les établissements des XVII Provinces à BERGUES et du Duc de Bourgogne à LILLE, le restaurant du Comte d'EGMONT à ARMENTIÈRES, l'Hôtel BRUEGHEL à LILLE et l'auberge du même nom à LOOS, le RUBENS à LILLE, le JEAN BART à DUNKERQUE mais aussi à LEDERZEELE, l' ISLANDAIS à DUNKERQUE en souvenir des courageux pêcheurs de la Visscherbande et, à nouveau, le BEFFROY à LILLE face à la Nouvelle Bourse conçue par CORDONNIER.
Enfin, si le lecteur désire s'éloigner un peu de la Flandre Française tout en restant en pays familier, qu'il remonte vers la Flandre Zélandaise et les Pays-Bas du Nord où tournent d'autres moulins à vent et à eau ; qu'il n'hésite pas alors à emprunter la route des marchands de sel, de SAINT-OMER à OOSTBURG, qu'il suive les canaux de BRUGES à SLUIS qui évoquent tant leurs homologues du golfe de l'AA entre SAINT-OMER et GRAVELINES, qu'il chausse les sabots d'origine audomaroise et exportés plus au Nord et n'oublie pas de se munir de la tulipe ramenée de Turquie par OGIER GHISLAIN DE BUSBEKE et exploitée ensuite à LEYDE en Hollande...

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